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Jeûne fédéral 2026

Le message du Conseil d’État

18.09.2026 / FAO n° 75

Le message du Conseil d’État
La dimension d’actions de grâce, de pénitence et de prière accolée au Jeûne fédéral s’est étiolée au fil du temps pour se retrouver concrétisée à travers la tarte aux pruneaux et le lundi férié.
Crédit photos: geshas

Quel sens conférer au Jeûne fédéral, sachant par ailleurs que le message qu’il porte a évolué à travers les époques? Durant les périodes de disette ou d’épidémie de peste qui ont ponctué le XVIe siècle, les autorités de plusieurs Cantons réformés ont instauré des journées de prière et de pénitence hebdomadaires ou mensuelles. Par la suite, le jour de jeûne, sous des formes différentes entre la fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècle, a revêtu la fonction d’appel à la concorde, à la paix religieuse et l’unité du pays. 

Si, aujourd’hui, la date du Jeûne fédéral coïncide toujours avec la reprise des travaux parlementaires des Chambres fédérales, la dimension d’actions de grâce, de pénitence et de prière accolée à ce jour s’est étiolée au fil du temps pour se retrouver concrétisée à travers la tarte aux pruneaux et le lundi férié. Et si c’était à travers la conjugaison de ces deux symboles les plus immédiats qu’il était possible de donner un sens actuel au Jeûne fédéral: le partage, non pas uniquement d’une pâtisserie, mais d’un temps libre, voire libéré? 
 
Avec l’acuité de son coup de crayon, Patrick Chappatte imaginait dans un dessin de 1995 – déjà! – un personnage rappelant la figure du Penseur de Rodin assis sur son écran d’ordinateur en train de méditer, sur une aire de repos en bordure de l’autoroute de l’information. Reprendre le contrôle du temps, tout un programme, comme le parcourt l’exposition «Flemme! Histoire de la fatigue» (Pôle muséal de Moudon). De la flemme qui ne renvoie pas à la simple oisiveté, des interstices temporels peuvent se dessiner et s’y glisser des moments de partage. Plus que des interstices ou des failles, ce sont de véritables tranchées qu’aménagent les personnes partageant leur temps au service des autres à travers le bénévolat. La cinquième édition de l’Observatoire du bénévolat en Suisse atteste de façon précise et détaillée de l’apport indispensable des bénévoles à la cohésion sociale, que cela soit dans les domaines du sport, de la culture, de la jeunesse ou encore de la solidarité. En comptabilisant la totalité des heures consacrées annuellement aux actions bénévoles, on atteindrait près de 590 millions d’heures. A son échelle, la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC-VD) recense dans son rapport d’activité 2025 l’engagement bénévole de quatre mille personnes représentant 300’000 heures. 

Ce temps partagé constitue aussi une attention, une ouverture et une forme d’accueil de l’autre. Cet accueil peut revêtir une dimension spirituelle qui parcourt les traditions religieuses. Pour le théologien Maurice Zundel, accueillir l’autre comme un absolu consiste à voir en chaque être humain le sanctuaire d’une Présence divine intérieure, le visage d’autrui devenant le lieu même de la révélation divine. On retrouve l’importance du visage chez le philosophe Emmanuel Levinas qui place la Torah au centre de son éthique pour autrui. Pour Levinas, le visage de l’autre est un absolu qui représente une altérité irréductible

Chères concitoyennes, chers concitoyens, que ce lundi du Jeûne soit placé sous le signe du temps partagé, élément essentiel de notre cohésion sociale!